Peter Pan
Résumé :
Une vague de drogués se jetant du haut d’immeubles, croyant pouvoir voler.
La disparition d’une jeune femme, Wendy Gauthier, et de ses deux frères délinquants, évadés de leur pénitencier pour mineurs.
Une île perdue dans la forêt boréale, habitée par une communauté déjantée et leur leader sans âge.
Une baronne du crime nymphomane et amoureuse des bijoux en forme de clochettes.
Un enquêteur médisant dépourvu de sa main droite, dévorée par un cannibale qui hante encore ses nuits.
Mon avis :
Il y a des histoires que l’on pense connaître par cœur. Des récits bercés par l’enfance, adoucis par les souvenirs… et souvent réécrits par Disney. Puis il y a Peter Pan, et là, tout bascule. Dans cette revisite sombre issue de la collection Les Contes Interdits, on abandonne les paillettes et les chansons entraînantes pour plonger dans une version brutale, crue, profondément dérangeante du mythe.
Pour moi, le but des Contes Interdits est clair : nous faire vivre l’horreur. Pas la suggérer. Pas la romantiser. La faire ressentir. Et ici, le pari est totalement réussi. La violence est frontale. Les descriptions sont détaillées, parfois difficiles à lire tant elles sont graphiques. Certaines scènes font grimacer — notamment celle où Clochette est retrouvée à l’entrée du camp. C’est dur. Visuellement marquant. Impossible à ignorer. Mais ce n’est pas gratuit. Le gore sert l’ambiance. Il renforce le malaise. Il détruit l’innocence que l’on associait instinctivement à cet univers.
Ce qui m’a particulièrement marquée, ce n’est pas seulement la violence, mais la manière dont le conte est revisité. Crochet, que l’on connaît
comme le méchant caricatural, devient ici un ancien policier à la retraite, reconverti en détective privé. Il n’est plus celui qui traque pour faire du mal, mais celui qui cherche à sauver trois enfants. Il devient l’ennemi de Peter non pas parce qu’il est cruel… mais parce qu’il est adulte. Et Peter, lui, incarne quelque chose de beaucoup plus sombre : le refus de grandir, poussé à l’extrême. Et notre fée Clochette, magique, un peu jalouse, devient obscène, vulgaire. Manipulant comme elle se l’imagine, le jeune Peter. Une poudre de fée, qui est devenue quelque chose de plus concret, de plus tangible : une drogue.
Ce renversement m’a fascinée. On comprend mieux la perte de la main de Crochet. On découvre son passé, notamment sa rencontre avec le Crocodile, amenée de façon intelligente et percutante. Moins traumatisante que certaines scènes, mais tout aussi marquante narrativement. On ne lit plus un simple affrontement. On lit un conflit idéologique : l’enfance éternelle contre la réalité.
Je ne dirais pas que j’ai été dérangée. Je savais en ouvrant ce livre que j’allais trouver l’horreur. Mais au-delà du choc, j’ai surtout apprécié la profondeur donnée aux personnages et la cohérence de cette relecture. Ce n’est pas juste une version “plus sombre”. C’est une véritable reconstruction du mythe. J’ai entendu plusieurs personnes dire que c’était le conte le plus “décevant” ou le moins “traumatisant”. Nous avons chacun notre manière de percevoir ce thème, pour ma part, Peter Pan ne sera pas en bas du podium concernant les atrocités, bien au contraire, je pense que Simon Rousseau à su tirer son épingle du jeu et montré une forme d’horreur plus visuel. Je n’ai pas que lu ce livre, je l’ai parfaitement l’imaginé. L’ambiance qu’il a su créer font partie des meilleurs que j’ai pu lire.
Cette lecture m’a même donné envie de découvrir le conte original, pour mieux mesurer le contraste. Car Disney nous a édulcoré beaucoup d’histoires, effaçant l’horreur derrière de jolies chansons.